23 février 2008 – 28 février 2008

     La résistance se construit dans un rapport étroit à l’organisation du centre. En retour, le centre se réorganise en fonction des résistances qui s’y déroulent. Le comptage du soir était depuis le début du mouvement l’un des principaux moments de lutte. À minuit, les retenus devaient tous rentrer dans leurs chambres pour être comptés, et souvent, ils s’y opposaient. Jeudi 28 février, le lieu et les horaires du comptage changent.

Samedi 23 février

« On s’est mobilisés parce qu’un homme était là depuis plus de trente-deux jours et qu’ils ne le libéraient pas. Nous sommes passés dans toutes les chambres pour expliquer la situation. Nous sommes tous descendus à l’accueil. On a tapé sur les tables, on a crié “liberté”. Le chef du centre a demandé pourquoi on faisait cela. On a expliqué le cas. Il a dit qu’il allait téléphoner à la préfecture. Une heure après, il est redescendu et il a dit au gars : “Tu peux aller chercher tes affaires, tu es libre.” »

Lundi 25 février

« Plusieurs sénateurs sont venus au centre. Nous avons parlé avec eux. »

Mercredi 27 février

CRA 1. « Aujourd’hui, deux Maliens ont été expulsés. Ils viennent d’afficher que demain, il y aura 12 expulsions vers le Mali, l’Algérie et la Turquie. Hier, nous étions 18 à passer devant le consul. Ils nous ont emmenés jusqu’au centre de rétention du Mesnil-Amelot, où se trouvait le consul. Nous ne sommes restés que deux à trois minutes chacun devant lui. Pour l’instant, ils ne nous ont rien dit. C’est la deuxième fois que je passe par ce centre. La première fois, j’y suis resté du 29 novembre au 31 décembre 2007. »

CRA 2. « Tout le monde est déprimé. Cela fait quatre jours que je suis en grève de la faim. Hier, on a parlé avec le commandant. Nous voulons être libérés ou expulsés, mais nous ne voulons plus être prisonniers. Il a bien reçu notre lettre de doléances et l’a transmise au préfet. Il y a beaucoup d’expulsions chaque jour. Nous n’avons peut-être pas de papiers, mais nous avons des droits. À l’infirmerie, qu’importe la maladie, ils nous donnent toujours le même médicament, du Di-Antalvic. La police est partout. À minuit, ils nous comptent. Ils frappent aux portes. Ils entrent. Ils fouillent les chambres. Ils se foutent de savoir si les gens dorment. Certains ne savent même pas qu’ils vont être expulsés. »

Jeudi 28 février

CRA 1. « Désormais, le comptage se fait tous les soirs avant le dîner, vers 18 heures. Chaque jour, il y a des expulsions. Le nom des personnes, ainsi que le numéro de vol et l’horaire de départ sont affichés sur un tableau entre 20 heures et 22 heures. Aujourd’hui, neuf Marocains ont été expulsés. L’expulsion de deux Maliens avec escale à Casablanca est annoncée pour demain. Un jeune Algérien de 28 ans a tenté pour la seconde fois de se suicider. Vers 10 heures, il s’est pendu avec les lacets de son blouson. Il ne s’est pas rendu compte qu’il y avait une caméra devant lui. Les policiers sont tout de suite intervenus. Ils l’ont gardé toute la nuit. Ils l’ont renvoyé dans sa chambre le matin. »

Le samedi 1er mars, 400 personnes manifestent à Joinville-le-Pont et devant le CRA de Vincennes à l’appel du 9e Collectif de sans-papiers.

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