22 janvier 2008 – 27 janvier 2008

     Nous continuons à appeler. D’autres rendent régulièrement visite aux détenus. Nous nous rassemblons devant le CRA de Vincennes tous les samedis. À chaque fois, il s’agit d’entrer en contact avec eux. Nous devons approcher le centre au plus près. Nous montrer, nous faire entendre. Pour les détenus, le seul lieu accessible pour nous voir est une passerelle sur laquelle ils peuvent se rassembler. Pour nous, la seule manière d’être visibles est d’accéder au milieu du parking de l’hippodrome. À chaque rassemblement, les CRS nous empêchent d’atteindre ce point. Et souvent, la police du centre ne laisse pas les retenus se réunir sur la passerelle. Quand nous y parvenons, nous échangeons des cris, des gestes. Ces échanges nous permettent de tenir, eux et nous.

Mardi 22 janvier

« Pendant la grande manifestation de samedi, nous sommes allés sur la passerelle. J’ai sorti un drap, nous l’avons accroché à la grille. La police nous filmait. Les CRS sont entrés à l’intérieur du centre. D’abord, ils ont fouillé les chambres, ensuite ils nous ont obligés à rentrer. On ne dort pas, on est constamment réveillés par le haut-parleur. Ils appellent pour le comptage, les visites, les expulsions, quand on passe devant le juge. Cela ne s’arrête jamais. »

Mercredi 23 janvier

« Hier soir, à minuit, on a refusé d’être comptés et de rentrer dans les chambres. On a essayé de dormir dehors. Tout le monde criait “liberté”. On a tenté de parler avec le chef de la police, mais il a appelé les CRS. La police criait : “Dégagez ! On ne veut pas de vous ici !” Ils nous ont dit : “Si vous ne rentrez pas, on vous fait rentrer de force.” Ils nous ont alors poussés avec les casques. On discute ensemble, mais c’est difficile. Ils nous contrôlent tout le temps avec les caméras. Ils nous contrôlent jour et nuit. Il faut continuer les manifestations devant le centre. Cela nous fait du bien. On sort. On crie. Si on manifeste une, deux, trois fois par semaine, ils vont comprendre. Ce soir, des gars ont mis le feu à leur chambre en brûlant des papiers. Les pompiers sont intervenus pour éteindre le feu. La police n’a embarqué personne. Ils veulent peut-être brûler le centre. »

Le soir, un rassemblement a lieu devant le CRA.

Jeudi 24 janvier

« Aujourd’hui, nous avons refusé de manger. Nous avons jeté la nourriture par terre dans le réfectoire. La police filme ceux qui se révoltent. Elle les sépare et les place dans l’autre bâtiment. Ils sont venus chercher deux personnes. Parmi eux, il y a un Tunisien qui n’a pas mangé depuis plus de dix jours. Il a perdu neuf kilos. Ils ont expulsé un Algérien. Demain, ils expulseront des Chinois. Le soir, ils inscrivent sur un tableau le nom, la destination, l’horaire de départ et l’aéroport de ceux qu’ils expulseront le lendemain. Il arrive que des gens soient expulsés sans que leur nom soit inscrit sur le tableau. C’est souvent le cas pour ceux qui foutent le bordel. Le matin, les flics viennent les chercher et les emmènent à l’aéroport. Hier soir, ils ont fermé les cabines téléphoniques à minuit, juste après l’agitation. Ils ne les ont rouvertes que ce matin. »

Nous parvenons à joindre la personne en grève de la faim qui a été transférée dans l’autre centre.

« Hier, quatre policiers m’ont sauté dessus. Ils ont déchiré ma veste. Ils m’ont dit que je ne serais pas soigné tant que je ne mangerai pas. Ils m’ont changé de bâtiment. Ça fait dix-huit jours que je ne mange pas. J’ai perdu 10 kilos. Je ne mange pas parce que la nourriture n’est pas hallal. De toute façon, je ne veux pas m’alimenter. Je ne bois que de l’eau et du café. Aujourd’hui encore, le médecin a refusé de me donner des médicaments. Je veux sortir du centre. Je veux être libre. La Cimade a refusé de présenter mon recours. Ils ont dit que les vingt-quatre heures étaient passées, alors que c’est faux. »

Vendredi 25 janvier

À 18 heures 30, un détenu nous informe qu’ils ont brûlé une chambre, que les pompiers sont intervenus et que la majorité des détenus refuse de manger.

21 heures. « Un député est venu nous visiter. Il nous a promis d’apporter des stylos et du papier pour décrire notre situation. Il nous a dit qu’il fallait respecter les policiers, qu’ils n’étaient pas responsables, que les décisions venaient d’en haut. Les gens lui ont répondu qu’ils ne cherchaient pas à améliorer leurs conditions de détention, qu’ils voulaient la liberté. »

Samedi 26 janvier

Midi. « Un premier feu a pris dans les toilettes. Ensuite, deux chambres ont brûlé. On a refusé de manger. On a empêché l’accès au réfectoire en bloquant les portes. La police nous a demandé de laisser passer ceux qui voulaient manger. Ils ont fini par nous dégager. Seule une minorité est allée manger. »

15 heures. En réaction aux événements de la veille, un rassemblement se déroule devant le centre.

« La police bloque l’accès à la passerelle d’où nous pouvons vous voir. Mais nous pouvons vous entendre. »

18 heures. « Une soixantaine de CRS sont entrés dans le centre. Ils ont fouillé toutes les chambres. Ils nous ont fouillés. Ils ont trouvé un briquet. Ils ont transféré deux personnes dans l’autre centre. »

Dimanche 27 janvier

« Aujourd’hui, un feu a éclaté dans une chambre de quatre personnes. Les pompiers sont venus éteindre l’incendie. Les flics nous ont enfermés dans le réfectoire. Vingt policiers sont venus chercher quatre personnes violemment. Ils sont en garde à vue pour avoir mis le feu au centre. »

Parmi les quatre retenus, trois seront libérés au terme de la garde à vue. L’autre passera en comparution immédiate pour incendie volontaire et sera finalement libéré avec une condamnation d’un mois de prison avec sursis.

Le samedi 26 janvier, une soixantaine de personnes se rassemblent devant le CRA de Vincennes. Bien que les CRS soient toujours plus nombreux, les manifestants entrent sur le parking à deux reprises et échangent des mots et des gestes avec les retenus. Le dimanche 27 janvier, une quarantaine de personnes tentent de s’approcher du centre, mais les CRS les encadrent immédiatement. Devant l’hippodrome, on distribue des tracts alors qu’a lieu le Grand Prix d’Amérique.

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