13 janvier 2008 – 18 janvier 2008

     Mi-décembre 2007, une lutte débute dans le centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot, près de Roissy : inscriptions sur les T-shirts, cahiers de doléances, refus de rentrer dans les chambres, grève de la faim. Le 27 décembre, pour casser la lutte, un retenu considéré par la police comme un des meneurs du mouvement est transféré au CRA de Vincennes. Le même jour, les détenus de Vincennes entament à leur tour une grève de la faim et refusent de rentrer dans leurs chambres. Dans la nuit du vendredi 28 au samedi 29 décembre, 150 CRS font irruption dans le centre pour forcer manu militari les détenus à rejoindre leurs chambres. La répression est sans précédent. Certains sont grièvement blessés. Trois nuits de suite, les CRS interviendront pour mater la révolte. Lundi 31 décembre, peu avant minuit, un feu d’artifice est tiré devant le centre de rétention. Quatre personnes sont arrêtées. Jeudi 3 janvier 2008, une manifestation rassemble 200 personnes devant le centre de rétention de Vincennes. La mobilisation prend de l’ampleur. Chaque jour, des rassemblements ont lieu. Les médias parlent quotidiennement de la lutte des grévistes de Vincennes et du Mesnil-Amelot. Le vendredi 4 janvier, la préfecture organise une visite guidée pour les journalistes afin de prouver que rien ne se passe à l’intérieur et que les conditions de détention n’y sont pas inhumaines. Le samedi 5 janvier, une manifestation rassemble un millier de personnes devant le CRA de Vincennes : parloir sauvage, chants et échanges de slogans avec les détenus, feu d’artifice depuis le parking. Les flics chargent et matraquent, une personne est arrêtée, elle sera relâchée le lendemain. Nous décidons d’appeler quotidiennement les détenus de Vincennes pour rendre compte de la situation à l’intérieur.

Dimanche 13 janvier

« Tous les matins, on nous fouille. On descend au réfectoire vers 9 heures. Souvent, le café est froid. Lorsqu’on le signale, les policiers répondent qu’ils sont uniquement là pour nous surveiller. Ce midi, on nous a servi des haricots blancs périmés depuis le 5 janvier. Quand on l’a signalé, ils ont à nouveau répondu qu’ils ne voulaient rien savoir. Nous sommes partis voir la Cimade avec les barquettes périmées pour leur demander de témoigner. Quand on se repose, les policiers viennent fouiller les chambres. La nuit, ils sont dans le couloir. Si on doit aller aux toilettes, ils nous suivent et laissent la porte ouverte. Pour déranger notre sommeil, ils mettent l’alarme entre minuit et 1 heure. Il ne faut pas qu’on lâche. Il faut que l’on soit tous d’accord pour relancer la lutte. »

Mardi 15 janvier

« Je suis fatigué. On n’a aucune communication avec l’extérieur. Rien ne sort d’ici. Il n’y a pas d’eau chaude dans les douches. Le ballon d’eau n’est pas suffisant pour tout le monde. On ne peut pas laver nos affaires. Dans certaines chambres, il n’y a pas de chauffage. Le commandant s’en fout. On est 250 dans le centre. On est écœurés. La police emmène les médias là où ils ont fait des travaux pour montrer à la télé, à la radio que tout va bien, que nous sommes calmes et qu’ils s’occupent bien de nous. Mais c’est l’inverse. Notre mouvement a été sans conséquences. On se parle entre les deux centres. On peut communiquer à travers le grillage. Les gens de la Cimade ne veulent pas monter dans les chambres pour se rendre compte de notre situation et de nos problèmes. Leurs recours ne changent rien. Comme j’essaie d’organiser des choses, beaucoup de flics sont contre moi. Quand je parle avec les autres, ils interviennent et me demandent ce que je trafique. »

Mercredi 16 janvier

« On a fait une réunion. On s’est parlé pour relancer le mouvement. Beaucoup n’ont pas le moral. Certains sont venus nous voir pour demander des avocats. Il ne faut pas baisser les bras. Il y a 40 personnes pour lesquelles les ambassades n’ont pas délivré de laissez-passer. Elles ne les ont pas reconnues. Ils ne peuvent pas les expulser. Elles doivent quand même rester trente-deux jours dans le centre. On proteste contre ça. Hier, ils ont ramené deux gars. Il n’y avait plus de place, plus de chambres, plus de matelas. Ils ont dû dormir par terre dans le couloir. Le centre est plein, mais ils continuent à ramener des gens. Ils envoient les nouveaux en disant : “Va voir tes collègues ! Ils te trouveront une place !” Si on proteste, ils disent : “On verra demain.” »

Jeudi 17 janvier

À minuit, nous recevons un coup de téléphone d’un des retenus avec lesquels nous communiquons depuis le début des événements.

« La police est venue me voir pour me dire que demain matin, à 7 heures, ils m’emmèneraient devant le juge. Quel juge ? Je suis là depuis vingt-huit jours. Je n’ai aucun juge à aller voir. Ils veulent m’expulser sans rien me dire. J’en suis sûr. »

Vendredi 18 janvier

À 6 heures, il nous rappelle.

« Je suis à Roissy. Ils sont venus me chercher à 5 heures ce matin. J’avais raison, ils m’ont menti. »

Le 19 janvier 2008, dans le cadre de la journée européenne d’action contre les centres de rétention et contre la directive européenne qui prévoit de fixer la durée maximum de la rétention à quinze mois, 4 000 personnes manifestent du musée de l’immigration, Porte Dorée, au centre de rétention de Vincennes. Près de 500 personnes entrent sur le parking qui jouxte le centre. De l’autre côté, loin derrière les lignes de gardes mobiles, les retenus crient « liberté ». Ils chantent et agitent des draps blancs. Alors qu’ils se rendent à la manifestation, Bruno et Ivan se font arrêter avec un fumigène artisanal et des clous tordus. Ils passeront quatre mois en détention préventive*. À Angers, Nîmes, Lyon et Rennes, des rassemblements similaires ont lieu devant les centres de rétention. L’association SOS soutien aux sans-papiers appelle à manifester tous les samedis devant le CRA de Vincennes.

*http://infokiosques.net/mauvaises_intentions

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