13 février 2008 – 21 février 2008

     Comment s’organiser collectivement dans un centre de rétention, se réunir sous l’œil des flics ou des caméras, éviter qu’une personne soit identifiée comme « meneuse » et isolée ? Comment dépasser la barrière des langues et des regroupements communautaires, rester unis face aux tentatives de division des flics, obtenir un stylo et du papier pour écrire une lettre ? Cette révolte est parfois construite et décidée collectivement, parfois spontanée. Elle est multiforme, faite d’émeutes, de grèves de la faim, d’actes de solidarité, de confrontations verbales et physiques avec la police, de refus venant perturber l’organisation du centre. Elle est discontinue en raison du turnover permanent des retenus et de l’immédiate répression qu’ils subissent. Elle est continue, car au fil des mois, des manières de lutter s’inventent et se transmettent.

Mercredi 13 février

« Aujourd’hui, la police des polices (IGS) est venue au centre. On a témoigné contre les policiers qui nous ont tabassés et on a raconté l’épisode du Coran déchiré. On attend maintenant de voir comment ça va se passer. Quatre personnes sont toujours en isolement. Ils les ont prises quand il y a eu les violences. On ne peut pas les voir. On ne peut pas leur parler. »

Vendredi 15 février

« Depuis l’arrivée des gens du foyer Terres-au-Curé, le centre est archiplein. Tous les soirs, des CRS et un inspecteur sont présents pour le comptage. Pour l’instant, c’est plutôt calme. »

Lundi 18 février

« Rien de nouveau. C’est calme. Deux personnes ont été libérées aujourd’hui. Il y a des gens qui dorment par terre. Les CRS ne viennent plus pour le comptage. Il y a seulement les policiers. Il ne reste que trois anciens retenus qui ont participé à presque toute la mobilisation. Les autres, pour la plupart, ont été libérés. C’est difficile de parler avec les nouveaux. Ils sont déprimés. Ils sortent de garde à vue. Ils ont peur. Dans l’autre bâtiment, les gens crèvent de froid. Il n’y a plus de chauffage. »

Mardi 19 février

« On s’est réunis aujourd’hui. Des représentants de chaque communauté étaient présents. On pense faire une grève de la faim de quatre jours. Mais il faut que tous les retenus suivent.

Mercredi 20 février

« Hier soir, on a fait une réunion, elle a duré longtemps. On a parlé de la grève de la faim. Ce matin, on a parlé avec les Maliens, parce qu’il faut qu’on soit tous solidaires. On essaie d’organiser les choses. On s’est mis d’accord sur quatre jours de grève. On essaie de contacter les gens de l’autre centre pour qu’ils suivent. »

Plus tard, dans l’après-midi. « On a commencé la grève de la faim ce midi. Personne n’est allé manger. Six policiers sont allés voir les Chinois pour leur dire de manger. Ils ont refusé. Nous nous sommes tous regardés et on a rigolé. »

Jeudi 21 février

Le matin. « On a écrit une lettre à la Cimade. Ma chambre est devenue un bureau. Les gens viennent signer la lettre, prendre un renseignement, une information, etc. J’ai collé ma carte sur la porte avec de la confiture pour que les gens sachent que c’est ici. Le matin, je l’ai retrouvée par terre, déchirée. Ils ne m’aiment pas. Un policier m’a bousculé dans les escaliers. Je lui ai demandé de s’excuser. Ils m’ont mis en isolement. »

L’après-midi. « On a arrêté la grève. La police est venue parler aux gens. Une trentaine de personnes sont allées manger, cela a cassé le moral des autres. »

Des rassemblements ont lieu tous les samedis. Les CRS sont de plus en plus présents et éloignent les manifestants des abords du centre. Le parking jouxtant le CRA devient extrêmement difficile à atteindre. On apporte un micro et des enceintes pour que les retenus nous entendent.

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